Tout sur Tout

Les vacances, c’est parti !

10 heures d’avion interminables ! J’ai cru que ça n’en finirait jamais. Mes jambes coincées dans un espace ridicule, le dos posé sur un dossier trop raide, ma tête qui ne s’accordait pas avec l’appuie-tête… Sans nul doute, les sièges de ce charter avaient été conçus pour moi. Je m’y sentais aussi à l’aise qu’un carré dans un rond. Et en plus, je n’avais rien à faire. L’horreur !

Comment occuper les 9 heures qu’il me restait, après avoir passé péniblement la première heure à feuilleter un magazine et éteindre mon portable (oui, j’ai pris mon temps, en pianotant frénétiquement sur mon smartphone, comme si j’avais encore une tonne de mails à lire et des messages très importants auxquels je devais répondre, moi le businessman… qui voyage en classe éco. Enfin, chacun ses prérogatives). J’avais aussi besoin de me donner une contenance, à côté de la belle brune que j’avais pour voisine qui, elle, ne faisait certainement pas semblant d’être très occupée. Je n’ai aucun mal à croire qu’il s’agisse pour elle d’un voyage d’affaires, en témoignent son air sérieux et la pile de documents étalés sur ses genoux. Dommage pour moi. Jolie, mais peu loquace.

Bon, ces réflexions m’ont occupé pendant 27 minutes. Je suis fier de moi, c’est toujours ça de passé ! Que faire maintenant ? La première idée qui me vient en tête est : dormir. Essayons. Je ferme les yeux, je compte les moutons. J’ai la tête dans les nuages, ça devrait aller vite.

Mais pas moyen. Mon énervement doit être causé par le décollage, je n’ai pas sommeil. Je décide alors de regarder les gens qui dorment, peut-être vont-ils me donner envie de somnoler, par mimétisme. Ça doit être facile en plus, vu le nombre de voyageurs avec des masques sur les yeux. Celui au 3ème rang est enfoncé dans son siège. Un autre se contorsionne. Ah ! Un compagnon d’inconfort. La fille à ma droite n’arrête pas de bailler, mais elle sent bien que je l’observe trop pour qu’elle s’abandonne à une petite sieste. Je me retourne. Il y en a deux qui ronflent, derrière. Leurs bruits sont couverts par les turbines de l’avion, mais ça me fait toujours sourire comme un gamin quand je vois des gens dormir bouche ouverte.

Bon, assez rigolé. Je me lasse assez vite de la solution n°1. Ma n°2 : les hôtesses de l’air. Après m’être occupé, sans grand intérêt, d’observer mes voisins, je vais offrir à mes yeux attentifs le spectacle de ces belles créatures déambulantes. Mais j’ai un peu trop fantasmé. Point de spectacle. Des va-et-vient sans autre intérêt que celui de proposer des boissons. Pas très amusant. Je me suis peut-être aussi un peu emballé sur le terme de « belles créatures ». Des créatures, tout simplement. Mon idée n°2 ainsi reformulée – regarder le passage de créatures – m’enchante nettement moins.

Une 3ème option ? Je réfléchis. Je cherche l’inspiration autour de moi. Pas de petit écran qui diffuse Madagascar 2. Dommage, ça m’aurait mis dans l’ambiance. Pas non plus de musique à écouter, je n’avais pas prévu. Rien d’autre à lire, si ce n’est la notice d’évacuation de l’appareil… Mais je n’aime pas les pictogrammes. Mater ma voisine ? Oui, mais il faut croire que je ne suis pas très doué au eye-catching, elle m’ignore totalement.

Je regarde ma montre : encore 4h10 de vol ! D’ailleurs, il va falloir que je la mette à l’heure locale. Non, tout compte fait, pas avant l’arrivée. Sinon, je vais me faire de fausses joies, croyant que le temps a passé plus vite. Ah ! Je sais. Je vais rêver de mon voyage. Imaginer mon séjour. Développer par la pensée toutes mes futures activités. Et en créer d’autres, toujours plus surprenantes. M’aventurer hors des sentiers battus. M’enfoncer dans l’arrière-pays. Trouver une crique abandonnée, rien que pour moi. Faire plein de rencontres avec les autochtones. Réaliser le voyage de mes rêves ! Je suis persuadé qu’il va m’apporter plein de bonnes surprises et son lot de découvertes. Je n’ai pas une seconde à perdre. D’ailleurs, dès l’arrivée, dès que je poserai le pied hors de cet inconfortable et ennuyeux avion, je commencerai à savourer mon voyage.

Mais alors que je pense à tout ça, une question pertinente me vient en tête : le vol fait-il parti, à proprement parlé, du voyage en lui-même ? Si oui, ça veut dire que je dois en profiter énormément aussi, selon la doctrine que j’ai décidé d’adopter. Cette perspective ne me réjouit pas. Si non, je considère qu’il s’agit juste d’un passage insignifiant mais obligé. Une parenthèse sans intérêt. Je préfère de loin cette solution, qui me permet de me plaindre sans mauvaise conscience.

Enfin ! A force de tergiverser, j’ai réussi à faire passer le temps. J’accueille avec un énorme soulagement l’annonce d’atterrissage des hôtesses. Je n’ai jamais raccroché ma ceinture avec autant d’empressement. J’aurais même attaché très volontiers toutes celles de mon rang, si ça pouvait nous faire atterrir plus vite. Je piaffe d’impatience. Par le hublot, je distingue du bleu, du bleu et du bleu. La mer ! Je n’arrive pas à deviner grand-chose d’autre, il fait trop sombre. Déjà le soir ! Je n’ai qu’une envie : sortir de cette structure métallique, de cette place trop étroite et de ce microcosme passif, pour enfin découvrir mon environnement paradisiaque, ces terres ravissantes et cette atmosphère libératrice.

Mais j’avais oublié une étape, avant l’Arrivée Véritable : le trajet en navette, de l’aéroport jusqu’à l’hôtel. Ou plutôt devrais-je dire : l’Horrible Trajet en Navette. Il fait chaud, il y a du monde, j’ai de nouveau mal au ventre et aux jambes. Ce trajet n’en finira donc jamais ?

Et pourtant. Enfin, se dresse devant moi l’Imposant Hôtel. Mes yeux, perçant l’obscurité, scrutent le chemin que notre navette emprunte : elle longe une grande allée, contourne des fontaines en guise de ronds-points puis s’immobilise en face des quelques marches qui mènent à l’hôtel. Enfin ! C’est l’Arrivée Véritable, tant attendue ! Je m’extrais de la navette, ignorant les bousculades et autres coups de coudes, car rien ne peut entamer mon bonheur : enfin, je peux remplir mes poumons de ce magnifique fluide ambiant qu’est l’air des vacances, chargé de senteurs douces, piquantes et accueillantes que la nuit exacerbe. Je trouve mille et un avantages à être arrivé le soir : le ciel est chargé d’une atmosphère pleine de promesses et de possibles comme seule la nuit sait en apporter, l’hôtel paraît encore plus imposant, les dorures extérieures scintillent devant mes yeux émerveillés, les balcons sont autant de grands bras ouverts qui ne demandent qu’à m’accueillir. Et en plus, je vois moins les visages et silhouettes des autres voyageurs, ce qui ne gâche en rien mon plaisir.

De toute façon, je les retrouve tous, bien assez vite à mon goût, dans le hall de l’hôtel. Considérations administratives obligent, tout le troupeau doit s’annoncer à l’accueil, présenter divers reçus et justificatifs afin de pouvoir obtenir leurs chambres. Eh bien non, je décide de ne pas suivre le mouvement, ma doctrine s’applique dès à présent : je commence à profiter de mon voyage. Tout d’abord en considérant mon hôtel.

J’ai bien choisi, et je n’en suis pas peu fier : les fauteuils moelleux qui nous tendent leurs assises garnies dès l’entrée laissent présager tout le confort de l’ensemble de l’hôtel, et ne font qu’augmenter ma hâte de découvrir ma chambre. Je poserais bien ma valise (et mes pieds) sur la table basse dont le plateau en marbre noir scintille, juste pour provoquer le maître d’hôtel qui me regarde d’un œil torve. Je décide donc de laisser mon regard émerveillé vagabonder… quand il est tout à coup captivé par un puits de lumière phosphorescent, un bleu luminescent et magistral, dont les nuances ravissantes varient par de subtiles ondulations. Une piscine ! Et quelle piscine. Je pourrais y passer tout le séjour, dans ce magnifique espace, à me mouvoir dans cette eau translucide, à paresser sur les chaises longues nonchalantes, à regarder les belles créatures déambuler… Oui, je reporte mes espérances (déçues avec les hôtesses de l’air) sur les nageuses de ce palace.

La piscine s’ouvre gracieusement sur l’extérieur. Et quelle source encore de ravissement quand je découvre le spectacle qui s’offre à mes yeux. Porté par le doux bruissement des vagues, je n’ai que quelques pas à faire pour me retrouver au bord de la plage. Le camaïeu de bleus profonds porte de voluptueuses senteurs iodées ; le sable sous mes pieds crisse de bonheur et d’allégresse ; j’entends la brise flatter et exalter ma peau ; les effluves marines m’appellent, tel un irrésistible chant de sirènes. Tous mes sens se mélangent et se confondent, ne me laissant qu’une seule et même impression de plénitude, de renaissance : je suis enfin arrivé en Vacances !…


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