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La côte sud du Pérou : les Paracas et les Nazcas

C’est sur la péninsule de Paracas, sous l’influence de la culture chavín, qu’apparurent les premières traditions artistiques de la côte sud (voir la carte). Entre 900 et 200 av. J.-C., naquit, notamment dans la vallée d’Ica, un style de céramique fortement inspiré de l’art de Chavín, qui laisse supposer d’importants échanges entre les hautes terres centrales et les territoires au nord de la côte sud du Pérou. La céramique paracas se distingue par la nouveauté de ses formes, de ses techniques et de son iconographie. Elle comprend une grande variété de bols et de flacons globulaires bas à deux goulots reliés par une anse-pont. Les motifs étaient obtenus par des techniques innovantes ; d’abord incisés dans l’argile crue, ils étaient peints, après cuisson, avec un pigment résineux dans différents tons d’ocre, de rouge et de jaune. Interprétations abstraites de créatures animales et mythologiques, les représentations étaient principalement tirées du jaguar qui apparaît sous de nombreuses formes codifiées, la plus commune étant un dessin stylisé et net, de la tête du félin, avec ses yeux étroits, sa bouche ouverte découvrant les dents et les crocs, ses oreilles et ses longues moustaches. Le plus souvent, il ornait des vases à anse-pont dont il couvrait la plus grande partie des parois (133).

Les Nazcas, héritiers directs de la culture paracas « chavinoïde », prospérèrent quant à eux dans les grandes vallées de la côte sud, entre 200 av. J.-C. et 600 apr. J.-C. environ (voir la carte et la chronologie). Née dans les vallées d’Ica et du Rio Grande, la tradition nazca, célèbre pour ses énigmatiques géoglyphes (ill. photo cat.p.163) mais aussi pour ses tissus et sa céramique peinte, s’étendit rapidement aux autres régions côtières. Les Nazcas bâtirent de grandes agglomérations autour des tertres à plate-forme et des places cérémonielles, dans le style péruvien. Au cours des huit siècles de son histoire, l’art de la céramique s’y est largement développé. De formes et de dimensions très variées, le grand nombre de pièces parvenues jusqu’à nous est caractérisé par une facture soignée, des parois fines, un poli très doux et régulier. On peut observer plusieurs styles dans la chronologie de la céramique peinte nazca.

Dans la première période deux catégories principales de décorations puisent leurs sources dans un fonds lié aux traditions religieuses. Le thème du masque félin, déjà présent dans les arts chavín et surtout paracas, devient un motif courant, prenant la forme d’un visage humain au regard fixe, les yeux largement ouverts, dont l’aspect félin est surtout souligné par de grandes moustaches de chat autour de la bouche. Les parois peuvent également être ornées d’une coiffure constituée par un visage abstrait stylisé muni de plumes qui partent du haut et des côtés. Des disques pendent en long chapelet souvent du bord de la coiffure, évoquant ceux, en or, que portaient les prêtres lors des cérémonies (136). Ces visages sont associés au corps d’un certain nombre d’animaux, formant ainsi des hybrides (145), créatures centrales de l’iconographie religieuse.

Progressivement, la représentation des animaux anthropomorphes se fit plus stylisée, plus abstraite. Cependant, à mesure même que ces motifs devenaient plus conventionnels, le style figuratif, lui, gagnait en réalisme et en qualité plastique. Les Nazcas furent les premiers parmi les peuples péruviens à représenter des éléments du monde naturel qui les environnait (animaux, plantes…). (135). Dans leurs plus anciennes céramiques, un engobe d’argile blanche, rouge ou chamois, servait généralement de fond aux représentations polychromes d’une multitude de fruits, de légumes, d’oiseaux (146-147-149), d’animaux, de poissons (150) et de reptiles. D’après de nombreux spécialistes, la profusion de ces motifs réalistes tient au fait que la survie et la réussite de leur société reposaient sur une agriculture de subsistance ; ces évocations de la faune et de la flore pouvait être un moyen de se concilier les forces spirituelles dont dépendaient la fertilité des moissons.

La dernière période de la céramique figurative révèle une attention nouvelle portée à l’observation des hommes, de leurs costumes et de leurs activités (137-141-146-138-139). Ainsi, par-delà l’usage traditionnel de la peinture ou de la sculpture pour représenter des images strictement codifiées, s’amorçait un courant iconographique qui faisait place à l’individu (140). L’art mochica, sur la côte nord, et durant la même grande période, devait donner une expression encore plus achevée à cette avancée culturelle significative.


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