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LA LIGNE DROITE de Régis Wargnier

Leïla et Yannick sont deux êtres brisés par la vie. La première (intense Rachida Brakni), sort tout juste de prison ; le second (Cyril Descours, d’une belle sobriété) vient de perdre la vue dans un accident de voiture. Tous deux doivent réapprendre à vivre, tous deux ont une même passion : l’athlétisme. Lorsqu’elle accepte de lui servir de guide sur les pistes de course, les voilà unis face à un même combat, contre eux-mêmes, contre le destin, contre les obstacles. Une course, pour la vie. Régis Wargnier (Man to man, Est-Ouest) prend pour toile de fond un univers sportif qu’il connaît bien et qu’il chérit. Déjà co-réalisateur de deux documentaires TV sur le sujet (Cœurs d’athlètes et D’or et d’argent), on le sent concerné, impliqué, sincèrement désireux d’hausser son récit à un niveau supérieur. En témoignent les belles partitions de Patrick Doyle, symphonie qui rythme les pas de ces coureurs en quête de rédemption ; et la manière dont Wargnier filme ces corps, poussés vers l’avant, à la poursuite d’un but, des êtres en résistance, contre leurs peurs, leur entourage, les démons venus du passé.

C’est un beau film, sur le courage, la liberté, la force qu’il faut pour se relever des épreuves de la vie, l’amour qui naît, l’amour qui sauve. C’est un film sans pathos, digne, hargneux, qui clame sa rage de vivre et de vaincre. Une belle leçon que Wargnier ne cherche pas à édulcorer, à embellir. La Ligne droite porte bien son nom : il va droit au but, ne s’encombre pas d’inutiles fioritures, d’effets de style lourdingues. Dans son désir de réalisme, le cinéaste ne fait pas de ses héros des icônes de bravoure. Ils les filment comme ils sont : des gens simples, des hommes et des femmes du quotidien, qui tentent tant bien que mal de s’en sortir, d’avancer coûte que coûte. Tout y est banal (dialogues, rebondissements, schéma narratif), sauf l’essentiel : le cran de deux écorchés, de deux acteurs fabuleux, et ce choix cinématographique d’oser la simplicité du classicisme pour mieux parler au cœur.

Source : celinecinema.com