Tout sur Tout

IMPARDONNABLES d’André Téchiné

Venise. Ses rues labyrinthiques, ses passages étroits, ses ponts, son eau, omniprésente, menaçante, reposante. Un terrain parfait pour les (nombreuses !) thématiques que déploie Téchiné dans Impardonnables, adaptation du roman éponyme de Djian. Comme toujours chez le cinéaste, les personnages y sont complexes, indéfinissables, libres mais à l’étroit. A l’image du couple formé par Dussolier et Bouquet qui retrouve un second souffle de vie dans l’isolement vénitien. Lui, est écrivain. Elle, est agent immobilier. On devine derrière les masques (les rides pour le monsieur, la beauté fatiguée pour madame), un passé trouble. A leurs côtés, des seconds rôles bizarroïdes qui viennent greffer à l’intrigue d’autres considérations : la disparition de la jeune fille (Mélanie Thierry), le mal-être d’un ex-taulard bipolaire et homophobe (Mauro Conte, dans un beau premier rôle), la maladie soudaine d’une ex-amante (Adriana Asti). Qu’est ce qui ressort de ces méandres ? A la fois rien … et beaucoup de choses.

Car Téchiné prend le temps de se perdre, de nous perdre, de perdre ses protagonistes dans les circonvolutions sinueuses de l’existence, d’évoluer en pleine incertitude, dans le zigzag et le secret. A l’instar du travail de création de l’écrivain. A l’instar du flou sexuel de sa femme (objet de désir bisexuel, louvoyant d’une rive à l’autre). A l’instar des ses amours, tour à tour passionnées, exclusives, toxiques. Rien n’est définitif, déterminé. Il n’y a pas vraiment d’enjeux, de finalité, de tons, d’explications. Téchiné filme cet état de ballotement et de confusion avec le talent qu’on lui connaît, transformant la Venise romantique (des cartes postales) en une Venise désertique (de cinéma) où les amoureux laissent place à des figures fantomatiques, en proie aux doutes et aux suspicions. Et puisqu’il y parle de Mystère(s), Téchiné se garde bien de livrer les clés des résolutions. Au contraire, il offre à voir et à sentir l’essence même des inexplicables. Une vie d’équivocité, et de désirs contraires.

Source : celinecinema.com