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DES HOMMES SANS LOI (Lawless) de John Hillcoat

1931. La Prohibition. Les frères Bondurant. L’australien John Hillcoat plante son décor dans un coin perdu de la Virginie, prenant à contre-pied l’imagerie collective du film de gangsters. Au lieu de coller ses anti-héros dans un décor urbain, il les balance au cœur de la campagne, reliant par la même deux genres cinématographiques propices à de belles envolées esthétiques : le polar et le western. Si l’histoire adaptée du roman historique de Matt Bondurant est plutôt basique- on y suit la bataille entre un agent corrompu (Guy Pearce) et trois frangins, des légendes locales vivant de petits larcins, la façon dont Hillcoat filme son incroyable casting hisse directement Lawless jusqu’à des cieux supérieurs, plus contemplatifs, plus intéressants. Oeuvre-multiple, qui navigue constamment entre classicisme et instantanés aventureux (où la caméra se montre audacieuse), Lawless utilise ses acteurs et actrices à merveille. Sous l’œil d’Hillcoat, nous trouvons pêle-mêle les contradictions de la rousse Jessica Chastain- tout en fragilité et charisme- le cabotinage charmant d’un Shia LaBeouf (bien meilleur que chez Bay), le séduisant mutisme du massif Tom Hardy (le méchant dans le dernier Batman). Avec des moteurs aussi costauds sous le capot, et du country dans les veines, le film demeure d’un bout à l’autre passionnant, et ce même s’il avance au ralenti, plus intéressé par ce qu’il montre que par ce qu’il raconte.

Le cadre a de toute façon toujours fasciné le cinéaste : l’outback australien dans The Proposition, le no man’s land apocalyptique dans The Road. Ses personnages se façonnent et se refaçonnent au contact de l’espace rural, âpre et en plein mutation. Aussi, l’australien affectionne tout particulièrement les « gueules » de cinéma : Ray Winstone dans le premier, Viggo Mortensen dans le second, Hardy, Clarke et LaBeouf ici. C’est du cinéma de mecs, mais pas que pour les mecs. Les femmes ne cessent de hanter sa pellicule telle sa Charlize Theron en fantôme parmi les cendres, dans The Road. Là, deux femmes : Chastain et Wasikowska, qui par leur présence confirment toute la fascination qu’exercent ces figures (pas que) viriles sur la gente féminine. Hillcoat l’a bien compris : parce qu’ils ont des failles et des traumas (qu’il n’hésite pas d’ailleurs à poser sur la table), et un refus de vivre conformément aux attentes sociales de l’époque, ils sont incontestablement les icônes parfaites pour un cinéma nourri aux fantasmes. Pas de hasard donc si la signature de l’artiste touche-à-tout Nick Cave pointe au générique final (scénario), symbole parfait de l’hybridité et du « non » (assumé) aux étiquettes qui traversent le film.

Source : celinecinema.com