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Art Amérique du Sud

Le peuplement humain sur le continent sud-américain est ancien car sa présence est estimée à plus de 22 000 ans. Les recherches archéologiques ont démontré l’existence d’outils en pierre utilisés par des chasseurs-cueilleurs, de la côte caraïbe, au nord, jusqu’à l’extrême sud, en Patagonie et en Terre de Feu. Il y a 4 500 ans environ, des changements climatiques et les débuts de l’agriculture domestique conduisirent progressivement, comme dans les autres régions des Amériques, à la création de cités et à l’établissement d’un système social organisé et hiérarchisé. Parallèlement, les techniques faisant appel à des artisans spécialisés, comme l’architecture, la sculpture sur pierre, la céramique, le tissage et la métallurgie, se développaient grâce aux nouveaux besoins nés de l’urbanisation.

L’essor culturel en Amérique du Sud fut en grande partie limité aux terres voisines de la chaîne des Andes, entre la mer des Caraïbes et le nord du Chili, incluant le Venezuela, la Colombie et, le long du Pacifique, l’Équateur et le Pérou (voir la carte). Les archéologues pensent qu’une grande partie des traits du fonds culturel andin trouve son origine au nord, dans les premières civilisations mexicaines, notamment olmèques. Les progrès techniques et les idées nouvelles, liés à l’important développement agricole en Mésoamérique (culture du maïs, du haricot et de la courge), se répandirent du Mexique aux autres régions des Amériques par les voies commerciales. Traversant successivement le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica et le Panamá, ces voies longeaient ensuite le littoral de la Colombie et de l’Équateur pour atteindre la région andine. Les échanges se faisaient également en sens inverse, vers le nord.

C’est sur le territoire correspondant au Pérou que le plus grand nombre de civilisations se sont développées jusqu’à la fin de l’Empire inca au XVIe siècle. Cette aire culturelle comprend les hautes terres et l’altiplano andins, une partie de la montagne bolivienne et une frange côtière d’environ 160 kilomètres de large, le long de la côte du Pacifique (voir la carte). Le climat froid à tempéré ajouté à un sol fertile ont favorisé le développement de l’agriculture ; on y cultive depuis des milliers d’années la pomme de terre et le quinoa, qui sont des plantes locales, ainsi que le maïs et les haricots, importés du Mexique. Les habitants de cette région sont les seuls de toutes les Amériques anciennes à avoir domestiqué de grands animaux. Le lama et l’alpaga, utilisés comme bêtes de somme, étaient aussi élevés pour leur consommation et pour la laine. Dans certaines zones des hautes terres, les paysans aménageaient sur le flanc des collines de grandes terrasses permettant d’augmenter la surface cultivée. La richesse agricole et l’accroissement de la population qui en résultaient permit l’éclosion culturelle du Pérou.

L’essor démographique et urbain lié aux progrès de l’agriculture conduisit à la formation de grands centres cérémoniels communautaires comme en Mésoamérique et en Amérique du Nord. De nombreux complexes socio-religieux, principalement des tertres à plate-forme, furent construits dans le nord du Pérou entre 1800 et 900 av. J.-C., les plus grands étant Los Aldas ou La Florida, près de Lima.

Le temple de Cerro Sechín, dans la vallée de Casma, l’un des centres anciens les plus importants, se distingue par la qualité artistique de son architecture. Située à flanc de colline, dans le bas de la vallée, la plate-forme de Cerro Sechín mesure 52 mètres de long. De part et d’autre de l’escalier d’accès sont sculptés en bas-relief environ soixante-dix monolithes hauts de 3 à 3,5 mètres, figurant des profils d’hommes agressifs, de guerriers et de dignitaires en costume ; ils sont associés à des corps démembrés et à de grandes têtes coupées. Le style de Cerro Sechín marque l’apparition de la figuration humaine dans l’art péruvien ; les lignes du dessin sont courbes et nettes, les détails réduits au minimum ; les visages, les corps et les motifs décoratifs vestimentaires sont rendus de manière abstraite et stylisée.

De 900 à 200 av. J.-C., environ, une nouvelle influence artistique appelée « horizon culturel chavín » — d’après le grand centre cérémoniel de Chavín de Huántar, dans les hautes terres centrales — se répandit (voir la carte). Le style chavín, dont on ignore toujours l’origine géographique exacte, fit son apparition vers 900 av. J.C dans la sculpture et la céramique des deux grandes régions du Pérou sous la forme de nouveaux motifs iconographiques (voir la chronologie). Il se caractérise par la représentation humaine, animale (aigle, serpent, caïman...), et de figures mythologiques hybrides mi-humaines, mi-animales. Le jaguar, grand félin prédateur, déjà très présent dans la culture olmèque du Mexique, constitue le thème animalier prédominant (152). Le trait courbe et sinueux favorise des motifs figuratifs complexes et souvent symétriques.

Entre 900 à 200 av. J.-C. furent produites les céramiques de Chavín. On les trouve sur une vaste zone comprenant les hautes terres et la côte. Un grand nombre de ces pièces, découvertes sur des sites côtiers, sont souvent associées au style dit « cupisnique » du nom de la vallée où elles furent découvertes. De facture soignée, elles présentent des parois fines et des surfaces gris sombre ou brunes, polies. Il existe une grande variété de récipients sphériques ou cylindriques, mais le plus typique est la jarre de forme globulaire à fond plat, dont le goulot-étrier servait pour verser le liquide et pour transporter le récipient (151). Ces céramiques étaient ornées de motifs géométriques incisés ou en relief, de représentations de jaguars, d’aigles, de serpents et de figures anthropomorphes dotées d’attributs animaux.

Le style artistique péruvien, apparu avec la culture chavín, s’étendit à d’autres populations et influença, semble-t-il, le développement de nombreux autres styles régionaux et locaux. Deux d’entre eux sont particulièrement connus pour la qualité et la variété de leurs arts : il s’agit de la culture nazca sur la côte sud et de la culture mochica, sur la côte nord du Pérou. La majeure partie de la dernière section de l’exposition « Symboles sacrés » est précisément centrée sur ces deux cultures et se termine par l’évocation des splendeurs de l’empire Inca jusqu’à sa chute précipitée, au XVIe, siècle par l’arrivée des Espagnols.